Le Dahlia noir
Le Dahlia noir,
film de Brian de Palma,
(novembre 2006)
D'après le roman de James Ellroy (1987)
L'idée apparaîtra peut-être contestable : livre et film sont indissociables, complémentaires, s'enrichissent mutuellement : il faut avoir lu le livre pour apprécier tout l'apaisement que la simplification et le recours aux images apportent au film. Qui apparaît pourtant complexe.
Grande élégance esthétique : tableaux mouvants fascinants dans la boîte de nuit des homosexuelles ou dans la maison du promoteur immobilier. Un très joli dahlia et des boxeurs qui n'ont pas un physique de brute.
La scène du meurtre, à l'écrit , a fait surgir à mon esprit cette réaction : n'y a-t-il pas une évidente complaisance à décrire l'atroce, l'insoutenable : comment l'auteur peut-il enfiler les mots pour de telles images ? C'est un travail solitaire, l'écrivain assume tout dans sa conscience. Rien à voir avec le travail collectif de l'image.
On a tellement l'habitude du sordide à l'image , par ailleurs, qu'il ne nous viendrait pas à l'esprit que le réalisateur est tordu. Mais l'écrit se donne des limites, il y a des interdits. Du moins le crois-je.
Jamais formulés.
A l'écrit, j'ai été gênée par des tics d'écriture : une certaine propension, par exemple, pour les voitures à laisser du caoutchouc sur l'asphalte. Avec une réjouissante virtuosité qui mêle maîtrise d'un lexique travaillé et souplesse du registre familier de la liberté et de la décontraction : un indéfinissable oral très écrit, riche et agaçant de ne se pas laisser circonscrire. Agaçant d'arrogance dans le refus, par les débordements, du registre soutenu sans cesse flatté et toujours dévoyé. Comme si aucune prétention... Pourant de l'ambition. Avec somme toute une économie de moyens. Le film a acquis la noblesse que le livre n'a pas, parce que son narrateur y est résolument populaire, alors que, dans le film, le héros semble au contraire raffiné, en quête d'idéal.
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