Gens de Séoul, d'Oriza Hirata
Gens de Séoul,
Spectacle du Théâtre de Saint-Quentin-Yvelines
Pièce écrite par le dramaturge japonais Oriza Hirata.
Jean de Séoul déroute. Dans la mise en scène d’Arnaut Meunier, on est sous le charme sobre du décor bicolore, rouge et violine : des chaises à hauts dossiers métalliques, des tabourets de même facture, une longue table, des issues et un escalier où se répète le contraste bicolore. La livrée des domestiques féminines reprend ces couleurs, avec des habits à la coupe élargie vers le bas, noués dans le dos. Un charme japonais. Il est appuyé par le parti pris de maintenir les grognements et onomatopées signifiants, dans le cours du dialogue, à la manière de l’assentiment au japon. Une longiligne, élégante et maladive maîtresse de maison, un fils de famille amant de la domestique coréenne dans la famille depuis si longtemps, et qui parle si bien le japonais. L’aînée des filles de la famille se berce d’idées libérales, d’égalité entre les personnes des différents peuples. Mais elle considère que la colonisation peut apporter la littérature à la Corée, dont la langue était jusque-là par trop rude, d’après elle, ce qui est approuvé par les domestiques japonaises. Jusque dans l’amour qui fait fugueur le fils aîné, il n’y a pas de passion, sauf peut-être, justement, chez l’aînée des filles, pour la littérature. La cadette attend la visite d’un homme avec lequel elle correspond : attente fébrile d’amoureuse platonique ou attente de jeune fille qui s’ennuie ? Elle prend bien soin de dire qu’il ne vient pas la demander en mariage… Le spectateur ne parvient pas à trancher. Il ne s’ennuie pas, ne se laisse pas non plus emporter.
Souvenir d’un ballet sobre et enjoué autour d’une table, pour décrire en creux le drame d’un pays colonisé. On est pris de sympathie pour le japonais qui a écrit cette œuvre. Et saisi d’une puissante envie d’entendre des voix coréennes. Plus mystérieuses et intrigantes que jamais.